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 J'ai eu le plaisir de concourir au premier appel à textes d'une toute nouvelle mais prometteuse maison d'édition, "l'encre parfumée de lys". Ne figurant pas dans la sélection finale, j'ai le plaisir de vous donner la primeur de cette nouvelle inédite sur le thème alléchant de la gourmandise !

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Le pouvoir du chocolat

 

 Suzanne entre d’un pas décidé dans le salon de thé. Elle sait qu’à cette heure-ci, le box du fond sera libre. C’est le plus discret, puisque seuls les serveurs qui vont à la réserve passent devant. Elle pose son manteau à la patère et lisse sa robe qu’elle a choisie avec soin. Elle met bien en valeur ses rondeurs, embellit sa poitrine et descend jusqu’aux genoux avec une coupe assez ample. Elle aime son contact soyeux contre sa peau. Elle l’apprécie d’autant plus qu’en s’asseyant sur la banquette, la caresse du tissu s’applique directement sur ses fesses libérées de tout sous-vêtement.

Elle commande un thé et ouvre le livre qu’elle garde toujours dans son sac à main. Ses yeux parcourent les phrases sans en comprendre le sens. Son esprit est trop occupé par l’homme qu’elle attend. Gilles. Gilles et ses chocolats faits maison au zeste d’orange. Douceur sucrée avec une pointe d’amertume. Un délice auquel elle ne peut résister. Une friandise qui retient captive celles qui ont eu la faiblesse d’y goûter.

C’est ainsi qu’il a fait d’elle son jouet. Elle s’est pliée avec docilité à ses exigences pour recevoir sa récompense forte en cacao. Cela a commencé de manière très ludique. Elle lui a donné un baiser dans le cou ; elle a accepté qu’il l’embrasse sur son nombril. Puis cela a pris une tournure de plus en plus coquine. Il a pris l’habitude de choisir les dessous qu’elle devait porter et de lui donner sa récompense après avoir vérifié son obéissance du regard et du toucher. Sa garde-robe s’est ainsi enrichie de divers porte-jarretelles, redresse-seins et guêpières. Son imagination a ensuite investi le domaine des sex-toys. Elle doit reconnaître qu’il a eu la galanterie de lui offrir tous ces accessoires.

Une nouvelle étape a été franchie lorsque leurs jeux se sont poursuivis dans la rue. Elle se souviendra longtemps de cette promenade sur les quais avec des boules de Geisha nichées au cœur de son intimité. Elle a fait de son mieux pour se maîtriser, mais de gênante, cette présence étrangère et les vibrations qu’elle procurait était devenue très agréable. Elle eut un peu honte lorsqu’elle s’aperçut qu’elle était abondamment lubrifiée. Elle ne réussit pas complètement à cacher l’orgasme qui la prit bien malgré elle, puisqu’aussitôt Gilles lui offrit un chocolat au zeste d’orange avec un grand sourire légèrement narquois.

Le lendemain matin, elle ne trouva aucun nouveau défi, ni sur son répondeur téléphonique, ni par mail, ni par SMS. Dans un premier temps, elle se crut libérée. Mais plus la journée avançait, plus elle prit conscience de son addiction, tant au chocolat qu’aux défis de Gilles. C’est même avec soulagement qu’elle trouva vers 20h heures un message sur son téléphone lui enjoignant de le retrouver à 22h au bout de la ruelle des Chats en ne portant qu’une guêpière et des bas sous son manteau, les boules en place. Une voix intérieure lui disait de se rebeller, de ne pas accepter de devenir ainsi son jouet sexuel, mais l’envie était trop forte et elle releva une fois de plus le défi.

Dès son arrivée au rendez-vous, il passa un bras sur sa hanche et la conduisit jusqu’à un square vide de tout occupant à cette heure avancée tout en lui disant à voix basse combien il appréciait de constater qu’elle s’épanouissait en femme assumée et libérée. Elle aurait voulu protester, ou tout au moins atténuer ses propos, mais la chaleur qu’elle ressentait entre ses cuisses lui donnait raison. Il la fit passer derrière un arbre dans un endroit relativement isolé et sombre et lui ordonna de se pencher en avant en s’appuyant au tronc, jambes écartées. Il remonta son manteau sur son dos, dégageant ses fesses nues. Elle se cambra davantage, consciente de ne rien lui cacher de son intimité. Il la caressa quelques instants avant de venir tirer sur la ficelle pour extraire doucement ses boules. Il les remplaça par sa langue qui dégusta sa cyprine de longues minutes. C’était si bon qu’elle dut se concentrer pour ne pas jouir. Quand enfin son membre la pénétra, il ne fallut qu’une courte chevauchée pour qu’ils viennent de concert… Et qu’elle obtienne sa récompense.

D’autres défis se sont depuis succédé, alliant exhibitionnisme et obéissance. Suzanne n’avait pas vraiment de regrets, mais elle ne se reconnaissait pas dans ce jeu de soumission qui était si loin de sa nature. Son dilemme était de trouver une manière de reprendre la main sans perdre tout le plaisir que Gilles lui avait fait découvrir.

Mais aujourd’hui, elle pense avoir deviné son point faible et, si tout se passe comme prévu, elle tiendra sa revanche.

Première nouveauté, c’est elle qui a fixé l’heure et le lieu du rendez-vous, de manière impromptue, arguant d’un emploi du temps très chargé. Pour éviter toute discussion, elle a aussitôt coupé son téléphone portable.

Les lignes de son roman continuent à danser, l’obligeant à relire pour la énième fois le même paragraphe. S’il ne vient pas, tout sera à refaire. L’horloge murale indique 16:55. Elle a encore cinq minutes d’avance. 17:00, il n’est toujours pas là. Pourtant hier soir, elle a vérifié dans son agenda : il est libre de ses mouvements depuis une heure. 17:05, ce doit être une manière de montrer qu’il n’est pas à sa botte, enfin pas encore ! 17:10, et si elle s’est trompée, quelle gourde elle ferait. 17 :11, le voilà enfin qui rentre. Elle prend l’air le plus dégagé possible et lui fait signe.

-         Bonjour ma gourmande
-         Bonjour mon gourmand
-         Eh, n’inverse pas les rôles !
-         Mouais, mouais, tu prends un thé ? avec une viennoiserie ?
-         Parfait. Toi de même ?
-         Pour moi, ce sera une demi-tablette de ton chocolat ! Serveur, deux thés et un croissant s’il vous plait.
-         Pour la récompense, tu sais qu’il faut la mériter
-         Parce que tu crois que je ne la vaux pas ?
-         Je n’ai pas dit ça, mais les règles sont les règles
-         Alors c’est qu’il est temps de changer les règles !
-         Comment ça ?
-         Tu vois, pour la mériter, je pense à des choses coquines depuis plus d’une heure. En ce moment-même, ma chatte est juteuse à souhait, je sens même ma mouille couler un peu. Elle n’attend plus que ta langue.
-         Mais qui te dit que ce sera mon défi du jour ?
-         Personne, mais moi, je te dis que si tu veux y goûter, tu me donnes tout de suite une demi-tablette de ton chocolat et tu te mets à l’ouvrage dès que l’on sera servi.
-         Et sinon ?
-         Sinon, j’espère pour toi que tes souvenirs suffiront à te consoler le temps que tu trouves une fille dont la liqueur ait le même goût que la mienne, parce qu’entre toi et moi, ce sera fini. Définitivement.

Un lourd silence s’installe. Suzanne se compose une mine fière et assurée, alors qu’en fait, elle sent les battements de son cœur s’emballer. A-t-elle bien pesé la donne avant de jouer ce coup de poker ? Et s’il la laisse, là, tout de suite ? Pourra-t-elle se passer de son chocolat et de ses défis ?

Gilles la regarde attentivement. Il est pris à son propre piège. L’arroseur arrosé. Pourtant, il savait qu’il prenait un risque en s’abreuvant toujours plus à sa source, cachant de moins en moins bien le plaisir qu’il y prenait. En recevant son message tout à l’heure, pour ne pas dire sa convocation, il savait qu’il avait perdu la partie. Impatient, il avait cependant eu la force d’attendre un bon quart d’heure dans la rue, histoire de montrer qu’il ne capitulait pas tout de suite. Un dernier espoir le traverse. Et si elle bluffait ? Et si elle était plus addict que lui ? Non, le risque est trop grand. Il ne peut plus se passer d’elle.

Le serveur apporte la commande. Devant l’attitude de ce couple qui se mange des yeux en silence, il retient sa blague habituelle et repart derrière le comptoir. Assis face à face, ils restent ainsi, silencieux et immobiles de longues minutes encore. Enfin la main de Gilles se met doucement en mouvement, glisse dans la poche de son blouson et en retire une plaquette de chocolat maison qu’il dépose devant Suzanne. Puis, faisant mine de se baisser pour attraper sa serviette qu’il a laissé tomber, il se glisse sous la table, passe la tête sous la robe de son amie, remonte le long de ses cuisses en caressant ses bas et vient enfin pointer sa langue dans son sexe, buvant sa liqueur, lapant son clitoris jusqu’à ce qu’elle s’abandonne totalement.

 Alors qu’il reprend place en s’essuyant discrètement le visage, Suzanne le félicite.

-         C’était parfait mon ami. Désormais, à chaque fois que j’aurais envie que tu me toilettes le minou, je ferai appel à toi. Débrouille-toi pour être disponible et n’oublie jamais ton chocolat. Rassure-toi, tu auras aussi l’occasion de donner de la queue : tu apprendras ainsi à apprécier le goût du mélange mouille et foutre !